LE MAS DE LA SALLE DANS L'HISTOIRE

 

 

     

 

 

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     On ne sait pas au juste à quelle époque a été fondé le mas de la Salle, ni qui l'a nommé ainsi le premier. Ce nom évoque une maison forte, du germanique seli, allemand saal : château (Dauzat et Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France). Notre seule certitude est qu'il est très ancien puisqu'un document, sans doute notarial mais non daté, encore qu'écrit en français médiéval, c'est-à-dire des XIIe ou XIIIe siècle, précise que les terres du Mas, propriété de Bernard de Lubatière, qu'il tenait de son père Bertrand, vont être vendues à un certain Jehan Laigne.

     Cet acte est très difficile à déchiffrer et encore plus à traduire. Sa première partie établit assez clairement l'ensemble des terres du mas à une époque sans doute très reculée. Au premier de nos visiteurs qui nous en adressera une traduction complète et avérée, nous offrirons notre reconnaissance mais aussi un carton de trois Quatuors et de trois Concertos, franco de port. (voir les conditions)


      Plusieurs siècles sont ensuite passés sans que l'on sache très précisément qui habitait le mas de la Salle et qui cultivait ses terres. Ce n'est qu'à la fin du XVIIe siècle qu'il s'est à nouveau illustré, et cette fois-ci de façon très dramatique. On sait que vivait là pendant la période de tolérance de l'Edit de Nantes une famille protestante de tanneurs : les Mailher (ou Mailhé ou Mailler)

     Vers 1678, leur dernier fils Jean vint au monde, peu de temps donc avant la révocation qui attisa durablement la colère des Cévenols et de quelques autres régions du Sud. La Cévenne courba l'échine, continua d'honorer Dieu en secret selon les coutumes huguenotes en attendant des jours meilleurs. Mais ils ne vinrent pas. Au contraire, la répression fut de plus en plus dure. Aussi, en 1702 le meurtre de l'Abbé du Chaila au Pont-de-Montvert, réactionnaire notoire et persécuteur de nombreux calvinistes, fut le signal du départ d'une longue et violente révolte qu'on appela ensuite Guerre des Cévennes ou Guerre des Camisards.

     Jean Mailher, qu'on appelait Cadet, s'engagea assez vite dans la troupe des camisards de Pierre Laporte, surnommé Rolland, dont il devint le lieutenant, mais aussi le beau-frère puisqu'ils épousèrent tous deux au désert les sœurs Catherine et Marthe de Cornély du village de Lasalle.

     Jean Mailher fut même l'ambassadeur de Rolland lors d'une entrevue avec le Maréchal de Villars dans les fortifications d'Anduze, le 6 juin 1704. Leur vie aventureuse prit fin lorsqu'une nuit qu'ils rendaient visite à leurs épouses au château de Castelnau-Valence, sur les hauteurs de la rive gauche du Gardon entre Alès et Nîmes, ils furent trahis et surpris au lit par la troupe. Ils s'enfuirent mais tombèrent sur une embuscade où Rolland fut tué. Quant au Cadet Mailhé, il fut condamné à mort et roué sur la place de Nîmes, le 16 août 1704.

     Son comportement fut exemplaire lors de ce châtiment inhumain et barbare. On rapporte que brisé de toutes parts, il exhortait encore ses compagnons d'infortune : « Courage mes frères, cecy va bien. » Le jugement du procureur royal Chazol au présidial de Nîmes qui le condamnait précisait en outre que « (...) tous les biens dud feu Rolland que des dits (…) Mailher seront confisqués au profit du Roy distrait sur iceux la somme de Cinq Cents Livres d'amende (…). Et en outre que le Château du lieu de Castelnau qui a servi de retraite aux Rebelles soit démoli et Razé Jusques aux fondemens. » Pourtant, ni le mas de la Salle ni le château de Castelnau ne furent détruits, bien que d'autres maisons de Corbès furent incendiées et rasées à cette époque.

     L'année suivante, le 16 mai 1705, ce fut le tour de David, le frère aîné du Cadet Mailher, d'être pendu, soupçonné d'avoir servi de trésorier aux derniers soubresauts de la révolte camisarde.

transcription de la relation de la mort de Jean Mailher

 

     La famille Mailher restera propriétaire du mas de la Salle, mais au cours du XIXe siècle ils ne l'habitaient plus et c'était des fermiers qui entretenaient le domaine. Un certain Joël Mailher fut chef de gare à Montpellier, il est décédé au mas le 6 janvier 1896.

     Au XXe siècle fut publié à Uzès un recueil de nouvelles intitulé Rires et Nuages, dont l'auteur, Suzanne Jaulmes était la fille de Blanche Mailher, la dernière propriétaire du mas. La dernière de ces nouvelles À Corbès quand venait l'été raconte les vacances de la petite fille qu'elle fut et la vie du mas au début du siècle, retraçant par beaucoup de petit détails une atmosphère propre à cette époque.

     Sa mère, Blanche est décédée au mas en 1951 et a été enterrée sur les terres du domaine selon la tradition protestante. Le domaine a été cédé en 1954 à un antiquaire suisse qui fit planter les vignes que nous exploitons aujourd'hui.
     

     Il y a eu depuis plusieurs propriétaires et plusieurs fermiers pour les terres et les vignes. Depuis 1997, ce sont Claude et Marie Allione qui occupent le mas de la Salle. Ils se sont associés avec Fréderic Mazer et sa sœur Sophie pour faire vivre à nouveau le vignoble. D'abord par une campagne d'arrachage de plants trop ou mal exploités, puis de replantation de cépages mieux adaptés, par la réhabilitation de la vieille clède et la construction d'une extension de nature à permettre l'élevage optimal et la mise en bouteilles la plus rationnelle possible, enfin par le choix de l'agriculture biologique comme mode d'approche culturale.

     C'est ainsi que sont nées les cuvées que nous avons baptisées musicalement et auxquelles nous espérons un avenir radieux.

     

 

 

QUELQUES IMAGES DU MAS DE LA SALLE